Extraits
ACTE I - SCÈNE 4
Le chanteur : Paris 1643-1645. Le père Jean Poquelin l'avait dit : « Question métier, question patrimoine, question épousailles, on en parlera à ton retour ».
Le prof : Jean-Baptiste est revenu et il n'a pas voulu en parler. Le père Poquelin a insisté, il s’est même coupé en 4 pour...
Le chanteur : (portant l'ardoise « Papa 2 » à son cou, l'interrompant) : Non en 3 !
(Il donne au prof une ardoise affichant “Papa 1”)
Le prof : (surpris) Pardon ?
L'actrice : ( portant l'ardoise « Papa 3 » à son cou) Oui, en 3 !
Le prof : (prenant l'ardoise “Papa 1” et l'adoptant) Bien , en 3.
L'actrice : (ardoise « Papa 3 ») : Je me suis coupé en 3 pour en parler quand même. Mais Jean-Baptiste a tout décidé tout seul. Et quelles décisions, morbleu !
Père 1 : Il ne veut plus du métier de tapissier...
Père 2 : Il ne veut plus être le valet de chambre de sa Majesté...
Père 3 : Il ne veut qu'une chose : sa part de l'héritage de sa défunte mère.
Père 1 : Il n'a que 21 ans...
Père 2 : ...et la majorité est à 25.
Père 3 : Il a perdu la raison.
Père 1 : Et ce n'est pas tout !
Père 2 (en écho) : ...et ce n'est pas tout...
Père 3 (en écho) : ...et ce n'est pas tout...
Père 1 : Il veut faire du théâtre !
Pères 2 et 3 : Malheur !
Père 1 : L'Illustre-Théâtre.
Père 2 : L'Illustre ? …
Père 3 : Il n'en a jamais fait.
Père 1 : Mais le voilà qui porte le bonnet d'une troupe qu'il s'est payée avec l'héritage de sa mère.
Père 2 : Non ?
Père 3 : Il a perdu la tête.
Père 2 : Pire encore !
Père 1 : Aïe !
Père 2 : Dans cette troupe, ils ont la folie des grandeurs. Ils veulent être la troisième troupe de Paris ; ils choisissent les plus beaux décors, les plus chers costumes, ils prennent en exclusivité trois musiciens connus, un danseur de renom, un auteur jeune et ambitieux...
Père 3 : Comment vont-ils payer ?
Père 1 : La troupe s'endette mais qui pousse-t-elle à sa tête ? Jean-Baptiste.
Père 2 : Dieu, il est fou !
Père 3 : Plus fort que tout !
Père 2 : Non ?
Père 3 : Si. Dans ce métier, il faut renier son nom.
Père 2 : Mon nom !
Père 1 : Les Poquelin !
Père 3 : Il a pris celui de « Molière ».
Père 1 : D'où il le sort ?
Père 3 : Mystère. Il l'écrit sans accent grave sur le e et il le prononce : moulieureu.
Père 2 : Ce doit être un secret, son secret de comédien. Encore une tradition pour un métier qui se vante de n'en avoir aucune.
Père 3 : Il y perdra son âme.
Père 1 : Assurément puisque l'Eglise les excommunie.
Père 3 : Un an plus tard, le bouquet !
Père 1 : Quel bouquet ?
Père 2 : Qu'il arrête ou je meurs !
Père 3 : Il est ensorcelé.
Père 1 : Qui l'a ensorcelé ?
Père 3 : Vite un désensorceleur !
1649 - 1643
ACTE 3 - SCÈNE 3
Le chanteur : (air du cant del Ròse)
De Bordèu a Tolosa
prenèm lo còche d'aiga
Garona per camin
e camin dejùs l'aiga.
L'autan bofa del sud
se dìs qu'es de folià
que bofa, que bofa
e vògue la gabara
Tolosa es en festa
e Albi es en armas
Carcassona a sos barris
e Montpelhièr s'abranda
L'autan bofa del sud
se dìs qu'es de folià
que bofa, que bofa
e que bomba la Fronda.
Lo tron tarabastela
e l'ulhauç fai arqueta
quand tomba la novela
qu'es mòrt un grand poèta
L'autan plora del sud
crudela es la novela
que plora, que plora
lo pais del poèta.
ACTE IV - SCÈNE 6
Cosnac : Bon ! Passons à la troisième crise... Elle est plus délicate. Je ne vois personne pour en parler comme il se doit. C'est à la fois métaphysique et pathologique, traumatisant et payant puisque le prince en est ressorti avec toute sorte de titres : généralissime des armées sur les fronts catalans et italiens, chevalier de l'Ordre du St Esprit, Grand Maître de France, etc-etc.... Mais les retombées sont tragiques... Comment dire ?
(Est entré un zigue à l'allure de comédien avec un masque qui rappelle celui de l'Air-du-temps et celui de l'Esprit-des-lieux mais le masque est quasi-achevé)
Mascarilha : Disèm qu'aquò monta-e-davala, monta-davala, de naut en bàs, naut-bàs, naut-bàs, naut... plof ! Glo-glo-glo-glo....
Cosnac : (surpris) Toi ! Qui es-tu ?
Mascarilha : Mascarilha. ( Il empoigne la malle)
Cosnac : Que fais-tu ?
Mascarilha : Pas rès...
Cosnac : Quoi, en français, je te prie !
Mascarilha : Pas rien.
Cosnac : Tu ne fais pas rien puisque tu prends cette malle.
Mascarilha : Es de ieu.
Cosnac : En français, j'ai dit !
Mascarilha : Elle est de moi.
Cosnac : Elle n'est pas à toi mais à M. Molière.
Mascarilha : Soi Moliera.
Cosnac : (interloqué) Tu es Molière ?
Mascarilha : Oc.
Cosnac : Ne me prends pas pour un imbécile ! M. Molière est le chef de troupe du grand Conti, il ne se commettrait pas à jouer un rôle de valet. Pose ton masque !
Mascarilha : Non. (Il reprend la malle)
Cosnac : (retenant la malle) Laisse cette malle !
Mascarilha : Non.
Cosnac : (idem) Mécréant, que veux-tu en faire ?
Mascarilha : (idem) Li botar dedins Monsenhor Conti !
Cosnac : (de plus en plus ahuri) Conti ! Dans la malle ?
Mascarilha : (idem) Ieu tanben.
Cosnac : Toi aussi, dans la malle ? Avec Conti ?
Mascarilha : (arrachant la malle et se sauvant avec elle) Oc.
Cosnac : Au voleur ! Au voleur !


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