Note de l'auteur
A l'heure des commémorations pour le 400ème anniversaire de la naissance de Jean-Baptiste Poquelin nous avons choisi de mettre en lumière le témoignage le moins sollicité et pourtant le plus évident de son parcours existentiel: sa présence en pays d'oc 12 ans de sa vie (1642 puis 1645-1657), entre ses 20 puis ses 23 et ses 35 ans, c'est-à-dire les années d'une expérience professionnelle, culturelle et politique qui influencera fortement le restant de ses jours.
Le premier moliérisme (celui du XIXème siècle) avait commencé à interroger cette période. Des auteurs (tel Marcel Pagnol ou Robert Lafont...) ou des historiens (tel le languedocien Claude Alberge ou l'irlandais Edric Caldicott...) ont poursuivi cette inscription de Molière dans les conditions qui ont influencé son œuvre et sa personnalité. Ces recherches (ajoutées à celles d'autres domaines comme l'anthropologie, la psychologie, la littérature comparée...) trouvent avec "Molière Face Sud" les moyens d'une vulgarisation de qualité, ludique et intellectuelle, comme l'était cet auteur, comique et critique.
Afin que cet enjeu trouve sa place, quatre domaines sont d'un recours irremplaçable:
Le Midi comme histoire … à un moment où la France vit un événement considérable de son historicité : les Frondes (1648-1653). Paris et les pays d'oc (de Bordeaux à Marseille) en sont les principaux « théâtres » et dans cette scénographie historique, le sud de France contribue à hauteur d'un siècle inédit de guerres religieuses, de jacqueries et de révoltes plébéiennes qui sont d'une singularité qui méritent le détour.
Le Midi comme culture... à un moment où les dialectes gascons, languedociens, limousins et provençaux sont le quotidien des populations locales et contribuent à exprimer des traditions et des imaginaires sociétaux, festifs, sacrés et saisonniers.
Le Midi comme chantier artistique... à un moment où la Cour et les auteurs officiels de la royauté se font les prosélytes des arts académiques dits classiques, alors que le Sud partage avec son voisinage ibérique et italien une inspiration romane, elle-même localement encouragée par deux courants contradictoires, celui de la Contre-réforme et celui du libertinage, lesquels suscitent un art baroque diamétralement opposé au classicisme d'Etat. Cet art baroque méridional ne put échapper à un homme averti comme le fut Molière.
Le Midi et Jean-Baptiste Poquelin... à un moment où ce jeune homme, parisien et bourgeois d'origine, s'ouvre à la France des provinces, des religions, des opinions et où il doit prouver qu'il est bien le « Molière » du nom qu'il s'est donné. Il ne peut fermer ses sens et son intelligence à tout cet environnement. Il le peut d'autant moins que les principaux protecteurs de la troupe à laquelle il appartient (les Dufresne-Béjart-puis Molière) relèvent de réseaux territoriaux non-conformistes.
Rendre le Midi à Molière et Molière au Midi durant cette phase initiatique des années 1642 et 1645-1657 est une contribution utile. Elle enrichit la connaissance que nous avons de l'auteur et de son œuvre, mais aussi des pays d'oc considérés comme « provinces étrangères » mais de fait « pays d’État » participant pleinement à l'Histoire nationale (politique, artistique et culturelle).
Sans ce type de contribution, la notion de « patrimoine culturel immatériel français » ne perd-elle pas de sa pertinence ?
Claude Alranq


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