Les protecteurs de la troupe
La pratique du protectorat permettant à une troupe de porter un nom illustre et parfois de bénéficier de pensions, est, heureusement pour le théâtre, fort répandue chez tous les princes du sang, les membres de la famille royale et les gouverneurs de provinces. De plus, le français étant au XVIIe siècle la langue diplomatique, plus de vingt souverains et princes étrangers, jusqu’aux électeurs de Bavière, protègent leur troupe française.
Le Prince de Conti
Armand de Bourbon, prince de Conti (1629 - 1666) est le dernier des trois enfants d'Henri II de Bourbon, prince de Condé et de Charlotte Marguerite de Montmorency, frère du « Grand Condé » et d'Anne Geneviève de Bourbon-Condé, duchesse de Longueville.
Après avoir été frondeur dès 1648, luttant parfois contre son frère, il est emprisonné avec lui par Mazarin, puis libéré en 1650. Il remplace alors son frère au gouvernorat de la Guyenne à la place du Duc D’Epernon et négocie en 1653 la capitulation de la fronde de l’Ormée à Bordeaux avec Mazarin contre le remboursement de ses dettes et son exil à Pézenas. Sur les conseils de Sarrazin, son secrétaire, il épouse une nièce de Mazarin. Ayant invité la troupe de Molière à donner la comédie, il se lie avec lui, exprime le désir de le garder comme secrétaire et lui accorde sa protection ; sa cour est alors remplie de brillants esprits, pour beaucoup libertins et proches de Gaston d’Orléans, tels que l’abbé de Cosnac, l’abbé Voisin, Guilleragues, Sarrazin, Gourville et Voiture. La troupe de Molière revient jouer deux ans de suite à l’occasion des États Généraux du Languedoc, mais la brutale et spectaculaire conversion du prince, en 1656, en fait l’un des membres les plus puissants de la fameuse Compagnie du Saint-Sacrement, qui, au nom de l’Église, cherche à nuire au théâtre et aux comédiens. Les États de Languedoc cessent d’offrir des billets de faveur pour le théâtre à ses membres, et toutes les subventions accordées aux troupes sont supprimées. A partir de sa conversion, Conti mène une lutte sans merci contre les comédiens.
Bernard de Nogaret de La Valette, Duc d’Epernon
Bernard de Nogaret de La Valette (1592 - 1661), duc d'Épernon et de La Valette, est un gentilhomme et militaire français du XVIIe siècle. C’est le deuxième fils de Jean-Louis de Nogaret de La Valette, qui de Cadet de Gascogne deviendra l'un des principaux personnages de la noblesse française, et de Marguerite de Foix-Candale, petite-fille du connétable de Montmorency.
Il participe en tant que colonel général de l'infanterie aux dernières luttes contre les protestants, et il réprime la révolte des Croquants en 1637.
Gouverneur de Guyenne, il est chargé par Mazarin de contenir les frondeurs bordelais dirigés par le Parlement. Il se montre très dur envers les parlementaires frondeurs, notamment à l'égard du président à mortier au parlement de Bordeaux, Guillaume d'Affis, dont il détruit la résidence principale, le château de Langoiran dans le Bordelais, à l'automne 1650. Très impopulaire en Gascogne, il quitte Bordeaux pour Paris, où il meurt en 1661.
Il est le protecteur de la troupe de théâtre de Charles Dufresne, que Madeleine Béjart et Molière rejoignent en 1645. Ce sera l’occasion pour eux de rencontrer la noblesse et les précieuses provinciales, notamment Ninon de Lartigue dont le Duc d’Epernon était éperdument amoureux, de s'imprégner de la culture gasconne, et aussi de rentrer dans l’air du temps, le souffle des révoltes paysannes et urbaines... La troupe dirigée à partir de 1649 par Molière rejoindra les États du Languedoc à Toulouse et sera ensuite protégée par le gouverneur d’Aubijoux.



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