Qual foguèt lo paire de Jean-Baptiste Poquelin ?

Quelques éléments en vue de l'écriture de la séquence 4
Extraits du film "Molière" d'Ariane Mnouchkine :
. à 19'55'' : https://www.youtube.com/watch?v=VPJsL6qilPM&list=PLLZZelp3BNZKjiRM-Mt6x0LxZlcEeOWmm&index=18
. https://www.youtube.com/watch?v=tlI1Bez_sbs
Extraits de la Conférence "Molière Face Sud" :
ACTE I - 1642
1 / JBP : : J'ai 20 ans, je pète la forme. Wouaouh !...
Le père : Oui, mais c'est moi qui te commande et je te dis : « Jean-Baptiste, tu seras un honnête homme. Les Poquelin, de pères en fils, ont excellé dans le métier de tapissier mural. Tant et si bien que j'ai pu acheter la charge de valet-de-chambre de sa Majesté ». Le roi : ( cavalant en coulisse, emporté par un urgent besoin et appelant) Valet, je cours sur mon trône ! Tu viendras décrotter...
Le père : (au roi) Avec joie, Majesté. JBP : Quel honneur !
Le père : Il déteint sur tous les Poquelin !
JBP : Père, combien l'avez-vous acheté cet honneur ?
Le père : Cher, très cher ! On nous l'envie. Tu hériteras de cet office, tu as 20 ans, il te faut prendre les devants. Le Roi s'en va-t-en guerre, à Narbonne..
JBP : (surpris) Où ?
Le père : Très loin, en-bas, vers la Méditerranée, sur le front espagnol. Tu me remplaceras à son chevet. Ce sera un bon moyen de te faire connaître de lui, de son ministre Richelieu et de leur état-major. A ton retour, fort de cette renommée, tu seras repéré par le bon- Paris. Plus d'une noble famille voudra de toi. J'ai déjà en vue une fille de renom qui ajouterait à notre nom la particule qui nous manque. (Radieux) Jean-Baptiste DE Poquelin !
JBP : Père, avec tout le respect que je vous dois, j'aimerais être associé à ce choix.
Le père : Nous en reparlerons à ton retour, te dis-je.
Le roi : (off, ordonnant) Valet, mon ouate à rectum ! Quel parfum ?
Le père : Aujourd'hui, fleur de lys, Majesté ! (Il sort)
...
1643-1645
4 / Le prof : (écrivant sur son ardoise « Papa 1 ») Paris 1643-1645. Le père Jean Poquelin l'avait dit : « Question métier, question patrimoine, question épousailles, on en parlera à ton retour ». Jean-Baptiste est revenu et il n'a pas voulu en parler. Le père Poquelin a insisté, il s’est même coupé en 4 pour...
Le chanteur : (portant l'ardoise « Papa 2 » à son cou, l'interrompant) : Non en 3 !
(Il donne au prof une ardoise affichant “Papa 1”)
Le prof : (surpris) Pardon ?
L'actrice : ( portant l'ardoise « Papa 3 » à son cou) Oui, en trois ! Le prof : (prenant l'ardoise “Papa 1” et l'adoptant) Bien , en trois.
L'actrice : (ardoise « Papa 3 ») : Je me suis coupé en trois pour en parler quand même. Mais Jean-Baptiste a tout décidé tout seul. Et quelles décisions, morbleu !
Père 1 : Il ne veut plus du métier de tapissier...
Père 2 : Il ne veut plus être le valet de chambre de sa Majesté...
Père 3 : Il ne veut qu'une chose : sa part de l'héritage de sa défunte mère.
Père 1 : Il n'a que vingt et un ans...
Père 2 : ...et la majorité est à vingt cinq.
Père 3 : Il a perdu la raison.
Père 1 : Et ce n'est pas tout !
Père 2 (en écho) : ...et ce n'est pas tout...
Père 3 (en écho) : ...et ce n'est pas tout…
Père 1 : Il veut faire du théâtre !
Pères 2 et 3 : Malheur !
Père 1 : L'Illustre-Théâtre.
Père 2 : L'Illustre ? …
Père 3 : Il n'en a jamais fait.
Père 1 : Mais le voilà qui porte le bonnet d'une troupe qu'il s'est payée avec l'héritage de sa mère.
Père 2 : Non ?
Père 3 : Il a perdu la tête.
Père 2 : Pire encore !
Père 1 : Aïe !
Père 2 : Dans cette troupe, ils ont la folie des grandeurs. Ils veulent être la troisième troupe de Paris ; ils choisissent les plus beaux décors, les plus chers costumes, ils prennent en exclusivité trois musiciens connus, un danseur de renom, un auteur jeune et ambitieux...
Père 3 : Comment vont-ils payer ?
Père 1 : La troupe s'endette mais qui pousse-t-elle à sa tête ? Jean-Baptiste.
Père 2 : Dieu, il est fou !
Père 3 : Plus fort que tout !
Père 2 : Non ?
Père 3 : Si. Dans ce métier, il faut renier son nom.
Père 2 : Mon nom !
Père 1 : Les Poquelin !
Père 3 : Il a pris celui de « Molière ».
Père 1 : D'où il le sort ?
Père 3 : Mystère. Il l'écrit sans accent grave sur le e et il le prononce : moulieureu.
Père 2 : Ce doit être un secret, son secret de comédien. Encore une tradition pour un métier qui se vante de n'en avoir aucune.
Père 3 : Il y perdra son âme.
Père 1 : Assurément puisque l'Eglise les excommunie.
Père 3 : Un an plus tard, le bouquet !
Père 1 : Quel bouquet ?
Père 2 : Qu'il arrête ou je meurs !
Père 3 : Il est ensorcelé.
Père 1 : Qui l'a ensorcelé ?
Père 3 : Vite un désensorceleur !
Père 2 : (posant l'ardoise et jouant le désensorceleur) Je suis le curé de Saint-Eustache, le désensorceleur...
Père 1 : (posant l'ardoise et jouant l'ensorceleuse) … et moi l'ensorceleuse...
Père 3 : (épouvanté) … Ah, si vous m'abandonnez, je reste le père à moi tout seul. Dieu, quel fardeau !
Curé : Vade retro satanas ! J'ai mené mon enquête. C'est une femme qui l'a ensorcelé et ils vivent à la colle.
Le Père : Péché charnel !
Curé : Elle l'a embobiné pour un théâtre : l'Illustre-Théâtre.
Le Père : Péché d'orgueil !
Curé : Une certaine Madeleine de la tribu des Béjart, ils se tueraient pour le succès.
Le Père : Péché d'obstination !
Curé : Pas assez de public, ils se sont endettés et ils sont sur la paille.
Le Père : Péché de nudité !
Curé : Les comédiens qui s'étaient portés garants ont fui.
Le Père : Péché de désertion !
Curé : Les Béjart qui s'étaient portés caution avec leur maison ont avoué qu'elle n'était que location.
Le Père : Péché de haute trahison !
Curé : Bilan : votre Jean-Baptiste est en prison et il n'en sortira que s'il rembourse toutes les dettes. Péché de déshonneur pour la..
Le Père : (succombant) : Famille Poquelin ! A-a-a-ah…
Curé : (priant) : Abyssus abyssum invocat.
Madeleine : (perruque rousse et cognant à la porte) : Toc-toc-toc !
Curé : (inquiet, au père anéanti) M. Poquelin, on frappe à votre porte.
Le Père : (à voix basse) : Non, je suis mort. (à haute voix) Il n'y a personne.
Curé : (au père, à mi-voix, sentencieux) : Péché mensonger.
Madeleine : (insistant) : Toc-toc-toc !
Curé : Qui va là ? (apercevant la rousse, effaré) C'est elle !
Le Père : Qui ?
Curé : (fuyant) : La sorcière !
Madeleine : (avenante) : Je suis Madeleine Béjart…
Le Père : Dehors !
Madeleine : C'est Jean-Baptiste qui m'envoie.
Le Père : Dehors !
Madeleine : Vous n'allez pas le laisser en prison ?
Le Père : Il a payé pour vous, payez pour lui.
Madeleine : Il ne demande qu'une avance, il vous remboursera dès que le protecteur de la troupe sera de retour. C'est « Monsieur », en personne.
Le Père : Monsieur qui ?
Madeleine : Vous ne connaissez pas « Monsieur » ! Tout Paris, tout le royaume ne parle que de lui : le frère du feu-roi Louis le XIIIème, l'oncle de notre jeune Roi, le duc Gaston d'Orléans. C'est un honneur qu'il fait à Jean-Baptiste en parrainant sa troupe.
Le Père : (plus affolé que jamais) : Il ne manquait que lui, c'est un comploteur, le nouveau ministre Mazarin l'a en horreur.
Madeleine : Oui mais il est de sang royal, il est pardonné et il a des amis, beaucoup sont dans le Midi. C'est là que nous irons si Jean-Baptiste parvient à rembourser les dettes. Ou si... ?
Le Père : (alerté) : Ou si quoi ?
Madeleine : Ou s'il parvient à s'échapper.
Le Père : S'évader de prison ? Jamais. Je paie.
Madeleine : (surprise) : Malgré tout ce que vous avez sur le cœur ?
Le Père : Même si je sais que vous êtes sa maîtresse, que vous avez déjà une fille de votre souteneur, que ce souteneur s'appelle le comte de Modène et qu'il est le chambellan de ce sacré « Monsieur ». Tenez ! (il donne une bourse)
Madeleine : Si je vous dis : merci, l'accepterez-vous ?
Le Père : J'ai encore la faiblesse d'être son père.

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