Séquence 8 - Voix off

Il s'agit d'écrire un texte type journalistique d'environ 30-40 secondes, illustrés de photos afin de présenter le départ de la troupe des Béjart en Guyenne. Nous sommes alors en 1645. Pourquoi la troupe quitte t'elle Paris ? Pour aller où ? Qu'est ce que la Guyenne ? Par qui sont-ils accueillis ?... 
 
Extrait du film "Molière" d'Ariane Mnouchkine : https://www.youtube.com/watch?v=tlI1Bez_sbs

Extrait Conférence "Molière Face Sud" 

Acte II 1645 – 1648

1 / Le guide : 1645-1648, le séjour en Guyenne ! Voyageons-voyageons... N'en restons pas aux séries télévisées qui n'ouvrent la porte du Sud que pour en emprunter les paysages.    Le Sud n'est pas qu'un décor et nous ne sommes pas que des figurants qui doivent avaler leur accent. N'oublions pas que lorsque Molière y a posé les pieds, 95 % des Méridionaux ne parlaient qu'occitan. Viatjam-viatjam... (Il projette sur l'écran un tourbillon de l'espace-temps) ...XXIème siècle, XXème , XIXème , XVIIIème... Mèfi ! Nous approchons... (Projection d'une carte des pays d'oc) Aqui l'ensemble dels paisses d'oc... Attention, accrochez vos ceintures, nous zoomons... Ara agachatz la Guiena... (Projection d'une carte figurant le territoire d'Ancien régime)... Province que la Révolution divisera en cinq départements : Gironde, Lot-et-Garonne, Lot, Dordogne et Aveyron. Nous atterrissons : segle 17 (1645-48) Nhò, lai sèm ! Bordeaux... (Projection de quelques sites historiques de la ville) … Et entre Bordeaux et Agen : lo castel de Cadilhac. (Projection d'une vue générale sur le château).

(Clochette)

Ce château est celui du gouverneur de la Guyenne. Vous devez vous demander pourquoi Madeleine Béjart et Jean-Baptiste ont choisi ce refuge ?

Famille trés-trés ambigue que ces ducs d'Epernon. Le père (Jean-Louis d'Epernon) est un bel exemple des grands féodaux d'origine gasconne ! (Projection du portrait du père) Cap-de-Diou ! Il a été d'abord le mignon de Henri III, puis un partisan catholique du protestant Henri de Navarre, ensuite un présumé complice de son assassinat quand ce dernier devint le bon roi Henri IV le catholique. Miladieu ! C'est le plus baroque des cadets de Gascogne. Ventre Sant-Gris ! Contre Richelieu, il crée le corps des mousquetaires, quand soudain à Paris sonne une cloche,  qui veut dicter son heure à  toutes les sonnailles de France et de Navarre. Le classicisme ou la mort !

(Clochette)

Alors vient un un autre âge. Celui du fils : Bernard de Nogaret de la Valette d'Epernon ! (Projection du portrait)... Fini le temps des seigneurs féodaux ! Place aux courtisans du pouvoir monarchiste !

D'abord il s'épouse une bâtarde d'Henri IV, qu'il empoisonne en douce (paraît-il) pour s'acoquiner à une nièce de Richelieu. Puis, il veut se donner de l'importance en trucidant un millier de Croquants du Périgord. Pecaire ! Avec un tel pedigree, le nouveau ministre Mazarin l'embauche comme gouverneur de Guyenne. Mazarin es un finòt, il sait que d'Epernon est le seul pion qu'il peut jouer sur l'échiquier méridional qui, depuis des

lustres, tient en échec le pouvoir central. (Clochelette)

Il y a quelqu'un d'autre qui tient le fils d'Epernon par la barbichette : sa maîtresse, la Damoiselle de Lartigue, une fille de Millau qui se veut la plus précieuse de toutes les provinciales, c'est-à-dire : la plus parigote. Ara tornam al Castel de Cadilhac... Cher public, je vous laisse avec Charles Dufresne.


2 /

Le chanteur : (achevant de se touiller en Dufresne et se présentant) Je suis à vous ! De chanteur me voilà chantre du duc d'Epernon...

Dufresne : (devenu) Auparavant je tiens à vous dire deux mots...

Je suis officiellement le directeur des Comédiens de M. le Gouverneur de Guyenne. N'allez donc pas imaginer que ma troupe est comparable à ces troupes de campagne qui sillonnent la province à la façon dont en parle le sieur Poisson dans “le baron de la crasse”. Non ! Nous, nous avons un protecteur de haut rang, il pourvoit à nos besoins et nous le lui rendons bien. C'est pourquoi j'ai accepté volontiers que Madeleine Béjart nous rejoigne car je peux affirmer qu'elle figure parmi les meilleures actrices du théâtre  français. J'ai accepté aussi qu'elle vienne avec son protecteur. C'est une affaire entendue dans notre métier que les comédiennes soient libres comme l'air mais elles s'assurent d'un mari pas trop regardant. Il est une sécurité contre les abus que pourraient se permettre les amants passagers, les amants trop assidus ou les amants trop gourmands. De plus, ils évitent aux enfants bâtards de se retrouver à l'orphelinat.

(à part) Après ses amours buissonniers avec le comte de Modène, où en est Madeleine ?  Il semblerait que sa petite Ménou vive en pension chez une dame que ce comte de  Modène entretient dans la proche vallée du Gardon... Tant mieux ! (Indiquant le buste de Molière) Quant à ... ? A ce que je sais, elle ne l'a pas marié et il n'est pas de la profession. C'est pourquoi je tiens à m'entretenir avec lui. Elle y a consenti.


(Dufresne s'adresse au buste) Cher Monsieur Molière, soyez le bienvenu au château de

M. le Duc. Vous comprendrez que ma position de directeur soit fragile et que je doive prévenir tout aléas. Je n'ignore rien de l'aventure de l'Illustre-Théâtre... C'est pourquoi je vous engage avec deux bémols ! L'un est dans le grave : je connais vos sympathies pour

« Monsieur »... Gaston d'Orléans fort connu pour ses libertinages. Veuillez ici refroidir votre zèle, il déplairait fortement au mazariniste qu'est notre Gouverneur. L'autre bémol est dans la légèreté : j'ai eu vent de votre aisance dans l'art de discourir. Cette adresse me manque, je l'avoue. Aussi je vous embauche pour lustrer les commandes de  Mademoiselle de Lartigue ; elle est la favorite de notre Gouverneur et elle raffole des réceptions qui participent à son éclat en pays de Bordeaux. Je vous laisse en sa compagnie.

(Il se retire et projection du portrait d'une dame, maniérée à la façon des précieuses de province qui imitent celles de Paris avec une insistance paranoïaque).

 

 
 

 Chateau de Cadillac
 
 

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